Tu t’es déjà retrouvé·e dans une réunion à hocher la tête… alors que tu pensais exactement l’inverse ? Ou, à l’inverse, à défendre une idée avec tellement d’intensité que le message s’est perdu en route ? Entre se taire et s’imposer, il existe un espace subtil : celui de l’assertivité.
Ce mot, souvent utilisé en formation ou en management, peut sembler un peu abstrait. Pourtant, sur scène comme en entreprise, il fait toute la différence. Et bonne nouvelle : l’improvisation théâtrale est un terrain de jeu idéal pour l’explorer concrètement.
L’assertivité, ce n’est ni se taire… ni écraser
On réduit parfois l’assertivité à “oser dire non” ou “s’affirmer”. C’est plus fin que ça. Être assertif ou assertive, c’est réussir à exprimer ses idées, ses besoins, ses limites — tout en respectant ceux des autres.
Sur un plateau d’impro, ça se voit immédiatement.
Je me souviens d’un exercice avec un groupe de managers. Deux personnes entrent en scène. L’une prend beaucoup de place : elle parle vite, impose des choix, coupe la parole. L’autre s’efface progressivement, jusqu’à devenir presque invisible. Résultat : la scène tourne court. Pas de conflit intéressant, pas de construction, juste un déséquilibre.
Puis on rejoue la même situation, avec une consigne simple : “existe sans écraser, écoute sans disparaître”. Et là, magie. Les propositions circulent, les tensions deviennent intéressantes, et surtout… chacun trouve sa place.
C’est ça, l’assertivité en action.
Pourquoi l’impro est un laboratoire idéal pour développer son assertivité
1. Parce qu’on ne peut pas tricher
En improvisation, impossible de préparer son discours ou de lisser son image. Ce qui sort… sort. Et souvent, nos réflexes habituels apparaissent très vite :
- couper la parole
- s’excuser avant même de parler
- hésiter à proposer
- vouloir contrôler la scène
C’est brut, mais extrêmement révélateur.
Et contrairement à une réunion, l’enjeu est faible. On peut tester, rater, recommencer. C’est un espace sécurisé pour expérimenter de nouvelles postures.
2. Parce que l’écoute est une règle du jeu
Un des piliers de l’impro, c’est l’écoute active. Pas juste attendre son tour pour parler, mais réellement intégrer ce que l’autre propose.
Or, l’assertivité repose sur cet équilibre : affirmer sans ignorer l’autre.
Dans un exercice classique, on demande aux participant·es de construire une scène en disant uniquement “oui, et…”. Cela oblige à accepter la proposition de l’autre tout en ajoutant la sienne. Impossible de dominer complètement. Impossible non plus de disparaître.
C’est un entraînement très concret à la co-construction assertive.
Les 3 piliers de l’assertivité… vus depuis la scène
1. Oser proposer
Sur scène, si tu n’apportes rien, il ne se passe rien. L’impro t’apprend rapidement que ta voix a de la valeur — même imparfaite, même hésitante.
Un exercice que j’utilise souvent : chacun doit entrer sur scène avec une proposition forte (un lieu, une émotion, une action claire). Au début, c’est timide. Puis, progressivement, les propositions deviennent plus assumées.
Ce qu’on observe ensuite en entreprise est frappant : les participant·es prennent plus facilement la parole, vont plus vite à l’essentiel, et surtout… arrêtent de s’excuser d’exister.
2. Accueillir sans se diluer
Être assertif ou assertive, ce n’est pas camper rigidement sur ses positions. C’est aussi savoir intégrer ce que l’autre apporte.
En impro, si tu refuses systématiquement les idées des autres, la scène bloque. Mais si tu acceptes tout sans jamais orienter, elle devient floue.
L’équilibre se travaille dans des exercices de “statut” : jouer un personnage haut en statut (dominant) puis bas en statut (plus effacé), et apprendre à naviguer entre les deux.
Cela permet de ressentir physiquement ce que signifie “prendre sa place” sans envahir celle des autres.
3. Exprimer clairement (et simplement)
Sur scène, les messages flous ne passent pas. Si ton intention n’est pas claire, le public ne suit pas — et tes partenaires non plus.
Un jour, lors d’un atelier, une participante devait exprimer un refus. Elle tournait autour du sujet, utilisait des détours, des justifications… jusqu’à ce que son partenaire ne comprenne plus du tout la situation.
On a refait l’exercice avec une contrainte : une phrase simple, directe.
Résultat : plus d’impact, moins de tension.
C’est souvent là que se joue l’assertivité au quotidien : dire les choses clairement, sans agressivité… mais sans détour inutile.
Transposer l’assertivité dans le monde professionnel
Ce qui se joue sur scène se retrouve très vite dans les situations de travail :
- En réunion : oser exprimer un désaccord sans créer de conflit stérile
- En management : poser un cadre clair tout en restant à l’écoute
- En équipe : proposer des idées sans craindre le jugement
- En feedback : dire les choses avec justesse, sans blesser ni édulcorer
L’improvisation ne donne pas des “recettes toutes faites”. Elle développe une posture. Une capacité à s’ajuster en temps réel.
Et c’est précisément ça, l’assertivité : une compétence vivante, contextuelle, qui demande de la présence et de l’attention.
Et si tu testais, concrètement ?
Pas besoin de monter sur scène devant 200 personnes pour travailler ton assertivité.
Voici un mini-exercice inspiré de l’impro, à tester dès demain :
Le “oui, et moi…” en réunion
La prochaine fois que quelqu’un propose une idée :
- Reformule brièvement (“Si je comprends bien…”)
- Ajoute ta contribution (“et de mon côté, je proposerais…”)
Cela t’oblige à :
- écouter vraiment
- t’exprimer clairement
- trouver ta place sans écraser celle de l’autre
Simple, mais redoutablement efficace.
Conclusion : l’assertivité, une compétence qui se joue
L’assertivité n’est pas un trait de caractère figé. Ce n’est pas “être quelqu’un de sûr de soi” ou “avoir du répondant”. C’est une compétence qui se travaille, s’ajuste, se muscle.
Et l’improvisation théâtrale offre un terrain unique pour ça : vivant, concret, parfois inconfortable… mais toujours révélateur.
Alors la prochaine fois que tu hésites à prendre la parole, pose-toi cette question :
et si je testais une version un peu plus assertive de moi-même ?
Sur scène comme dans la vie, c’est souvent là que les choses deviennent intéressantes.
